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Chessy les Mines : mine et minéraux

Le village de Chessy-les-Mines se trouve à 25 kilomètres au nord-ouest de Lyon, sur la bordure Est du massif central, de part et autre de l’Azergues. C’est le « pays des pierres dorées« , situé dans la partie méridionale du Beaujolais.

Histoire

Les monts du Beaujolais sont fouillés et exploités depuis des temps immémoriaux. Il est assez difficile de retrouver des traces de travaux à Chessy-les-Mines dans les anciennes archives. Au XVème siècle, diverses sources mentionnent des activités minières à Chessy-les-Mines, la nature des travaux et leur ampleur, certainement limités au su des techniques de l’époque, reste mal connue. Nous trouvons, par exemple, diverses mentions de mines à Chessy suite aux infortunes de Jacques Cœur. Ses ennuis judiciaires aboutirent à de nombreux écrits. Certains évoquaient des travaux à Chessy, c’est pourquoi quelques informations nous sont parvenues.

Azurite, Chessy, Rhône.
Azurite, Chessy, Rhône.

Dans la deuxième moitié du XVIIIème, l’exploitation minière est toujours fluctuante, partie pour des problèmes d’entente entre les associés, partie pour des difficultés à conduire les travaux d’exploitation et à traiter le minerai. Une association se crée en 1746 entre un nommé Blanchet, concessionnaire des mines de Chessy, un financier du nom de Pernon, et les Jars, une famille de métallurgistes. Un acte de 1761 fonde la compagnie dite des « Intéressés aux mines de cuivre du Lyonnais« , mention qui perdurera jusqu’en 1842.

On exploite alors surtout de petits filons cuivreux noyés dans une masse pyriteuse, le gîte sera dénommé « Mine jaune ».

Azurite de la mine de Chessy à Chessy-les-Mines (Rhône).
Azurite de la mine de Chessy à Chessy-les-Mines (Rhône).

Louis Cordier nous narre en 1819 comment une nouvelle zone à exploiter fut découverte en 1811 par le maître-mineur Christian Traugott Wöllner : c’est « au moyen d’une galerie de recherche, qu’on chassait vers le sud-est, dans le but de connaître s’il existait pas quelque branche latérale du filon de cuivre pyriteux. On ne fut pas long-temps à sortir du sol primordial, et on continua à travers bancs dans les grès, sans s’apercevoir qu’on perçait un tout autre terrain. Cette heureuse méprise permit bientôt d’atteindre les bancs métallifères, et de trouver ce qu’on ne cherchait pas, ce qu’aucune règle de l’art n’aurait pu faire découvrir« .

Azurite et cuprite de la mine de Chessy à Chessy-les-Mines (Rhône).
Azurite et cuprite de la mine de Chessy à Chessy-les-Mines (Rhône).

La nouvelle zone comprend trois « mines » :

– la « mine noire », en fait une zone d’amas sulfurés (des « rognons », parfois pluri-métriques) très altérés, où la pyrite et chalcopyrite sont transformés en ténorite et cuivre natif ;

– la « mine bleue », composée d’azurite, malachite, smithsonite, halloysite, cuprite, et barytine notamment ;

– la « mine rouge », dans une importante faille remplie d’une couche verticale d’argile rouge, de 2 à 4 mètres d’épaisseur, à cuprite et cuivre natif.

Azurite de la mine de Chessy-les-Mines.
Azurite de la mine de Chessy-les-Mines.

La préparation du minerai d’azurite, de cuprite, et autres minéraux de cuivre comprend le débourbage au tonneau, le cassage, triage, criblage à la cuve. La cuprite était passée au pilon.

En 1827, avec 180 personnes, le mine bleue produit 914 tonnes de minerai et la mine rouge 3,4 tonnes. Entre 1812 et 1828, la mine bleue fournit 4.000 tonnes de cuivre.

Dans les années 1830, l’activité de la mine de Chessy décline, l’activité de la société exploitante s’oriente à la fin de cette décennie vers la production d’acide sulfurique, à partir du minerai, des haldes et de divers gisements de la région.

Malachite et cuprite, mine de Chessy, Rhône.
Malachite et cuprite, mine de Chessy, Rhône.

Quelques travaux sont encore tentés vers 1854. Un très important effondrement de presque tous les vieux travaux en 1857 stoppe semble t-il toute activité d’extraction souterraine. Les haldes continuent d’être utilisées pour la production d’acide sulfurique. La mine ferme en 1877.

Minéralogie

Nicolas Louis Vauquelin fera à partir de cristaux extrait en 1812 diverses analyses chimiques qui donneront un article dans le « Journal des Mines ». En 1813, il écrit que « M. Jars, concessionnaire de la mine de Chessy, et dont les attentions éclairées se portent sur tout ce qui peut en faire prospérer l’exploitation, a vu dans la découverte dont il s’agit, une occasion de contribuer aux progrès de la minéralogie elle-même. Il a eu la bonté d’envoyer à M. Haüy de beaux cristaux solitaires du cuivre carbonaté bleu, et de toutes les substances qui l’accompagnent« . Notons le passage l’expression « de beaux cristaux solitaires« , ce qui intéresse ces messieurs cristallographes de Paris, c’est de pouvoir étudier la forme des cristaux, des cristaux détachés de la gangue sont préférés à des ensembles, ce qui fait que les objets des collections de ces savants, tel Haüy par exemple, sont de qualité assez moyenne dans l’ensemble.

Smithsonite, Chessy les Mines, Rhône.
Smithsonite, Chessy les Mines, Rhône.

Louis Cordier écrit dans son étude cristallographique de l’azurite publiée en 1819 que la découverte des spécimens de Chessy « a enrichi la plupart des collections minéralogiques de l’Europe d’un grand nombre de cristaux de cuivre carbonaté bleu aussi remarquables par leur volume que par la netteté des formes qu’ils présentent« .

Brard, dans son ouvrage « Nouveaux éléments de minéralogie », édition de 1838, écrit au sujet de Chessy que « les ouvriers ont tellement abusé du léger pour-boire qu’on leur permet de recevoir pour les échantillons qu’ils offrent aux étrangers, que l’on a été forcé de prendre des mesures pour empêcher la dilapidation du minerai le plus riche ; et aujourd’hui, c’est aux chefs de l’établissement qu’il faut s’adresser pour en obtenir« .

Smithsonite et malachite de Chessy, Rhône.
Smithsonite et malachite de Chessy, Rhône.

Beudant crée le terme azurite en 1824 dans son « Traité de minéralogie », ce qui n’empêche pas Brooke et Miller de créer le terme Chessylite en 1852, qui perdurera longtemps chez les anglo-saxons pour nommer le carbonate hydraté de cuivre monoclinique.

Lacroix évoque en 1901 les faux cubes de cuprite que l’on trouve dans les collections : « le cube isolé et les combinaisons ont toujours été des raretés à Chessy. Elles étaient recherchées par les collectionneurs, lors de l’exploitation des mines. On trouve parfois dans les collections datant de cette époque des cristaux de chessylite qui ont été limés de façon à leur donner une forme à peu près cubique : ils étaient vendus alors sous le nom de cuprite cubique pseudomorphique« .

Malachite et halloysite, mine de Chessy.
Malachite et halloysite, mine de Chessy.

Les minéraux en photos sont ou ont été pour la plupart en vente sur ce site.