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Exploitants miniers, négociants et minéraux : l’exemple de la mine Flambeau, Wisconsin, USA.

Par Frédéric Delporte.
Des négociants en spécimens minéralogiques concluent des accords avec des exploitants miniers afin de pouvoir prospecter dans leurs sites ou de pouvoir s’approvisionner auprès d’eux, et par la même sauver consciencieusement les richesses minéralogiques du lieu.
Ce type de relation existe depuis bien longtemps. A la fin du XIXème siècle, Richard Talling, un négociant anglais, entra même dans le capital d’une mine afin de pouvoir y fouiller et y obtenir l’exclusivité des découvertes. Il restera dans l’histoire comme le découvreur des incroyables bournonites de la mine « Herodsfoot », qui restent à ce jour les meilleurs spécimens connus de l’espèce, et comme découvreur de plusieurs espèces nouvelles.
The Flambeau mine, à Ladysmith, dans le Wisconsin, a été exploitée de 1993 à 1997, soit pendant moins de 5 ans. Bien que connu depuis le début du siècle, ce gisement ne fut tout d’abord pas exploité car jugé non rentable. En 1986 seulement, les nouvelles études géologiques, les progrès technologiques et le cours du cuivre rendent possible la chose. En 1998, la mine à ciel ouvert est déjà comblée par ses stériles, le terrain reboisé.
Ce site a produit de nombreux spécimens de chalcocite, parmi lesquels on trouve quelques uns des plus grands et/ou plus beaux spécimens de l’espèce.
Le gisement de Flambeau est un corps de minerai riche en cuivre, pendant les quatre ans et demi d’activité de la mine 1,8 million de tonnes de minerai à 10% de cuivre fut sorti, ce qui donna en outre 330.000 onces d’or et 3 millions d’onces d’argent. La mine à ciel ouvert mesurait 800m par 160m pour 70m de profondeur en 1997. Il fut trouvé seulement 450kg de chalcocite cristallisée en tout et pour tout. Le directeur de l’exploitation doit être remercié pour sa décision en faveur de la collecte de minéraux et pour son support indéfectible.
L’histoire de la collecte de minéraux à la mine Flambeau commence comme dans toutes les mines, par la récolte de spécimens par les géologues et les mineurs du site. De plus, le centre pédagogique et culturel de la mine destiné à accueillir du public fait collecter des minéraux pour les mettre en exposition.
Un couple de négociants, Casey et Janes Jones, prend dès juin 1994 contact avec la compagnie minière pour organiser et gérer la collecte de spécimens minéralogiques du lieu. Malheureusement, pour un certain nombre d’espèces minéralogiques, celles qui se trouvent seulement dans la partie haute des amas de minerai (azurite, malachite), c’est à dire dans la zone d’oxydation, il était trop tard. Certes, quelques spécimens avaient été préservés dans les bureaux de la direction, comme objets de décoration, et d’autres pour exposition au centre d’information, mais bien peu, trop peu, par rapport à ce qui aurait pu être sauvé.
Le couple se mit au travail, accompagné parfois d’amis, explorant méthodiquement et régulièrement le site. Chaque poche à cristaux est photographiée, référencée (étage, localisation exacte, au mètre près, dans la mine,…), et l’inventaire exhaustif du contenu effectué. Un petit nom charmant est donné à chacune des découvertes pour la postérité : « la première poche », « la poche du vendredi chanceux », « la poche du soleil radieux », … Seules huit poches remarquables furent trouvées… HUIT !
Une coopération saine entre l’exploitant minier et une firme de négoce de minéraux a permis la sauvegarde d’extraordinaires spécimens, les exemples modernes de ce type de relation sont extrêmement nombreux.